Sep
25

[Review] Jazz à Luz ou le tourisme utile

Auteur // lëkima

Jazz a Luz 2011

La 21ème édition du festival Jazz à Luz se tenait cette année du 7 au 10 juillet.

Nous avions découvert l’année passée cette manifestation dont une des qualités est d’avoir lieu en plein massif pyrénéen. Rappelons que la vedette c’est le festival lui-même, ce sont son cadre et son esprit défricheur qui sont si attirants. Les noms des artistes invités ne sont donc pas toujours très évocateurs, et l’association Jazz Pyr’ semble attachée à ce principe de rencontres : rencontre entre un public et des artistes singuliers, rencontre entre des publics (l’amateur de jazz, d’expérimentations, de rock ou de musiques électroniques), rencontre entre des musiciens. Et bien entendu rencontre avec le lieu.

Cette 21ème édition nous a offert un peu moins de frissons musicaux, avouons-le, mais le plaisir d’être là ne fut jamais entamé.

Et il serait injuste de ne pas nuancer d’emblée ce bilan puisque nous n’avons pu assister aux deux premières journées.

Le platiniste marseillais eRikm, accompagné à la voix par Natacha Muslera, faisait ainsi partie des artistes étiquetés « électronique » de cette édition. Et de source sûre leur prestation fut à la hauteur des attentes. Le guitariste Ryan K, pour sa part, a reçu un accueil visiblement très chaleureux de la part du public de la colline Solférino. Nous avions déjà eu l’occasion d’assister à un de ses concerts et il est vrai que nous avions particulièrement apprécié son solo. Entre musique répétitive, folk et flamenco ses compositions maintiennent la tension et viennent s’enrichir de sonorités métalliques plutôt étonnantes, presque synthétiques.

Evoquons aussi, parmi les projets que nous aurions aimé voir, le ciné-concert de Das Kapital autour de l’hydroélectricité en Pays des Vallées des Gaves. Un film sur la force imposante du site, sur le rapport entre la machine et la nature, une caméra filmant microcosmes et macrocosme, plus un concert de Das Kapital. Certains ont trouvé cela ennuyeux, d’autres passionnant…

eRikm

 eRikm

Nous étions donc là samedi et dimanche. 17 formations se sont succédées avec plus ou moins de succès: de la chanson française avec Imbert Imbert, du rock « frontal » avec les italiens de Zu, de l’électro avec les Plapla Pinky (dont on retiendra essentiellement l’entrée en matière, tout en basses moites). Mais s’il y a une pratique musicale qui occupe une place de choix dans la programmation c’est à coup sûr, et nous l’avions déjà constaté l’année passée, celle de l’improvisation.

Ce qui est intéressant c’est qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre lorsque plusieurs musiciens aux approches très personnelles se retrouvent à croiser la scène. Ce sont les premières minutes qui dévoilent les contours du terrain sur lequel le jeu va se dérouler. Certaines fois il se produit quelque chose de très formel, comme par exemple ce fut le cas lors de la rencontre entre les deux contrebassistes Clayton Thomas et Werner Dafeldecker. Parfois l’un des musiciens semble faire route seul : Jean-Yves Evrard, les yeux clos, maltraitant intensément et non moins délicatement sa guitare nous a offert un beau moment de ce festival, on ne peut s’empêcher, pourtant, de regretter qu’à ses côtés Audrey Chen (voix, violoncelle) se livre à une démonstration.

drums-noise-poetry-III

Drums Noise Poetry III

Le miracle a-t-il donc eu lieu cette année à Luz ? Oui. Par 2 fois nous nous sommes laissés surprendre et même séduire par ce qui se passait sous nos yeux.

Il y eut d’abord les 4 batteries de Drums Noise Poetry III (Didier lasserre, Edward Perraud, Mathias Pontévia, Vladimir Tarasov) qui avaient choisi le jeu lui-même comme terrain de jeu. Le plaisir complice avec lequel les 3 français suivaient leur chef d’orchestre russe n’a pas mis longtemps à illuminer les visages parmi les spectateurs installés autour de la scène. Loin de toute joute de percussions, le quatuor a déversé avec une légèreté inouïe un torrent de frottements, sifflements, claquements, courants d’air brisés au milieu desquels les moments d’emballements des grosses caisses devenaient jubilatoires. L’émotion était palpable à l’issue de ce concert. On ne pouvait s’empêcher de penser que le goût pour la curiosité, le sens de la dérision et l’envie de jouer ensemble sont des composantes essentielles dans la réussite de telles rencontres.

Dans un registre plus jazz, moins expérimental, et dans une configuration plus frontale, on fut surpris également par le concert matinal de Christine Wodrascka, Jean-Luc Cappozzo et Gerry Hemingway, qui se retrouvaient ensemble sur scène pour la première fois. Etrangement cette collaboration nous a fait songer à Jim Jarmusch, comme si à chaque instant on ne pouvait percevoir vers où s’acheminait les musiciens mais que eux le savait très précisément. Mais ce fut frappant d’apprendre, l’après-midi même, lors de l’émission radio d’Anne Montaron, que tout cela avait à peine été préparé, que le temps qui leur avait été donné de passer ensemble avait été occupé à bavarder. Quelques moments de musique, mais durant lesquels, en revanche, aucun mot ne fut prononcé. C’est donc l’intuition qui les guidait à chaque instant. Et leur prestation n’en fut que plus vivante et légère, donnant l’impression à l’auditeur de se laisser porter, avec une certaine ivresse, sur un courant d’eau zigzagant en permanence. Le jeu de batterie sophistiqué de Gerry Hemingway n’était certainement pas étranger à cette sensation. De son côté Jean-Luc Cappozzo apportait à la trompette force et fantaisie, tandis que Christine Wodrascka, avec une immense rigueur, répétait et imprimait dans nos têtes des séries de notes. Trois personnalités, apparemment très différentes, qui avaient choisi de cheminer ensemble le temps d’un concert… ou plus. En effet Jarmusch aurait pu organiser ce « casting ».

Si ces 2 concerts resteront à nos yeux les vrais temps forts de ce 21ème Jazz à Luz, il ne faudrait pas passer sous silence les instants de convivialité passés à échanger autour d’un verre, sur le verger ou dans le village Luzien. Des instants tout aussi importants que les concerts, sur lesquels soufflent un air de vacances et une idée : celle que nous ne sommes pas de simples consommateurs passifs de musique. Car c’est peut être là le propos de Jazz à Luz. Et il faudrait surtout ne pas oublier le final improbable dans la discothèque le Cocoloco investie pour l’occasion par les bordelaises de Pshit-Pshit qui, vêtues en voyageuses de l’espace, ont distribué de l’alcool au public et aux artistes sur fond d’électroclash… il fallait être là pour le voir.

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