Sep
16

[Review] Retour sur Jazz A luz

Auteur // lëkima

20eme-festival-jazz-a-luz-luz-saint-sauveur2.jpg

Chaque année, à la mi-juillet, se tient sur les hauteurs pyrénéennes le festival Jazz à Luz.
Située à une trentaine de kilomètres de Lourdes, la commune de Luz-Saint-Sauveur accueillait cette année la vingtième édition de cette manifestation. Sous l’affiche une phrase interpelle d’emblée :

« L’important est-il de connaître ou de découvrir sans cesse ? Depuis 20 ans nous faisons le pari de l’étonnement. »

Jazz à Luz semble ainsi occuper une place à part dans le paysage des manifestations musicales. Un œil jeté à la programmation permet de s’en rendre compte : des groupes rock partagent l’affiche avec des noms du Jazz, mais également de la musique improvisée, électronique ou traditionnelle. Içi les concerts ont lieu sur une colline, près des vestiges d’un château, dans un auditorium, sous des voûtes, dans un café local, ou éventuellement sur une grande scène. Ce grand écart, voulu par  les programmateurs,  entre des musiques traditionnelles et  avant-gardistes, entre des lieux chargés d’histoire et des artistes aux goûts plutôt aventureux est à l’origine de la réussite  de Jazz à Luz  dont la renommée s’est assise au fil des années. Et avouons que cette formule aura donné cet été encore  quelques moments particulièrement passionnants.

Le premier d’entre eux s’est tenu dès le dimanche matin 11h entre les murs de pierre abritant l’auditorium de la Maison de la Vallée.Face au public, deux individus dont on devine presque la méticulosité : le premier, Le Quan Ninh, est un percussionniste français, le second un trompettiste autrichien du nom de Franz Hautzinger.

Tous deux appartiennent à cette scène de musiciens qui s’attachent à repousser les limites de leur instrument :
pas de percussion sur la caisse de batterie, la peau vrombit sous les frottements violents d’une cymbale, vibre sous les glissements d’objets métalliques ou de pommes de pins. Pour sa part Franz Hautzinger extrait de sa trompette des souffles perçants , des pulsations presque électroniques, des cliquetis incompréhensibles. Chacun fait preuve d’une attention et d’une maîtrise captivantes. Ensemble ils composent/improvisent un paysage faits de détails et de bruits qui s’emmêlent, certains sons semblent proches, d’autres beaucoup plus éloignés. On n’est pas si loin d’une composition électronica, mais qui serait jouée de manière acoustique, et d’où on aurait retiré toute mélodie. 

ocellemare.jpg
L’Ocelle Mare
photo : Mathieu Thomassin

Il en va ainsi à Luz : il est de coutume de ne pas rater le premier concert de la journée. Souvent celui-ci est l’occasion d’une rencontre étonnante. Quittant la Maison de la Vallée pour le château Sainte-Marie, la performance d’Olivier Toulemonde eut ainsi lieu lundi après-midi sous un soleil plombant. Une centaine de spectateurs avaient arpenté les lieux pour venir s’étendre au milieu des vestiges du château. Au dessus d’eux une toile d’araignée de ressorts est tissée , parcourue de micros. Chacune des vibrations est ainsi captée, amplifiée et modulée. On  assiste alors à un spectacle sonore proche du live électronique dans lequel l’environnement tient le premier rôle. Grondements et sons de lasers se croisent. De temps à autre Olivier Toulemonde met l’édifice en vibration avec un archer, donne du rythme en faisant osciller un immense ressort dans un tube. Un spectacle à la fois low-tech (une simple table de mixage permet de traiter les signaux) et cosmique.

Le lendemain, retour à la Maison de la Vallée ou un autre expérimentateur, ou plutôt bricoleur,  marquera les esprits. L’Ocelle Mare, originaire de la région de Périgueux, joue des compositions  brèves, excédant rarement les deux minutes, qui ont quelque chose d’obscur et de sauvage. Qu’il heurte les cordes de son banjo ou de sa guitare, frappe son genou avec un diapason ou joue de l’harmonica, ses gestes sont violents. Il y a une force qui, de loin, évoque le blues et le flamenco.


regenorchester.jpg
Franz Hautzinger / Regenorchester XIII
Photo : Mathieu Thomassin

Les réjouissances matinales passées, les après-midi à Luz peuvent être des moments de repos, de flânerie, ce peut être aussi l’occasion de participer à des discussions publiques, d’assister à des rencontres improvisées entre artistes ou à des spectacles déambulatoires. 

Sous le chapiteau central les concerts reprennent généralement en début de soirée (excepté ce dimanche pour cause de finale de coupe du monde!) pour une programmation plutôt évolutive. La suisse Irène Schweizer se produit ainsi seule au piano. Présentée comme une figure du Jazz, la dame d’apparence austère paraît s’amuser, entre effets de percussions et harmonies jouées à même les cordes du piano. De même on retiendra la belle complicité qui unit le contrebassiste Barre Phillips et l’accordéoniste Pauline Oliveros. Lui debout faisant montre d’une légèreté étonnante, elle semblant faire corps avec son instrument et distillant un large éventail de sonorités (elle utilise sur scène un accordéon électronique). Deux jolis moments solennels.

L’heure avançant, les groupes à guitare font leur apparition. Cette année aux côtés des fades Octobre, et des décevants Zone Libre les festivaliers ont eu le plaisir de découvrir un jeune trio français remuant qui répond au nom de « Q ». Constitué de  Julien Desprez à la guitare, Fanny Lasfargues à la basse et Sylvain Darrifourcq à la batterie, cette formation de rock instrumental, influencée par la musique improvisée, a offert un set  puissant porté par un jeu de batterie fait de ruptures rythmiques et par des sons de guitare et basse particulièrement rugueux.

Parmi les formations à tendance rock, citons également le groupe à géométrie variable mené par Franz Hautzinger :  Regenorchester, dont c’est la treizième version.  Si un personnage a marqué cette vingtième édition de son empreinte c’est bien le trompettiste. A chaque apparition (en duo avec Le Quan Ninh, lors d’improvisations en compagnie d’Eugène Chadbourne ou du vielleur à roue Dominique Regef) il  impose par sa présence une atmosphère presque religieuse. Ce soir-là, en chef d’orchestre discret,  il est assis sur la gauche de la scène. Derrière lui Oren Ambarchi (guitare, machines), Tony Buck (batterie), Luc Ex (basse) et Martin Siewert (guitare, machines). Ils peignent des ambiances entre  jazz, rock et expérimentations électroniques sur lesquelles l’autrichien vient poser des nappes de trompette ascensionnelles. L’ensemble, peut être un peu décousu, réserve quelques moments assez jubilatoires.

Alors qu’en est-il de la musique électronique au milieu de tous ces noms ? Il est clair que Jazz à Luz ne met pas l’accent sur la techno, ni même sur les artistes de la scène Idm (que l’on verrait pourtant bien représentée au milieu d’une programmation aussi éclectique et exigeante). Nombre de formations présentes à Luz flirtent néanmoins avec l’électronique ou l’électroacoustique. Par ailleurs chaque année les organisateurs choisissent un ou deux représentants de l’électronique expérimentale. Pour ce vingtième anniversaire c’est Oren Ambarchi qui a été invité, lui qui depuis dix ans multiplie les collaborations prestigieuses (Christian Fennesz, Sunn O))), Keiji Haino…) . Lui revient l’honneur de fermer le bal de la très belle journée du dimanche. Installé au milieu de ses machines l’australien est imperturbable tandis qu’autour de la scène le vent se déchaîne violemment contre les bâches. Sa musique, faîte de drones de guitare et de fréquences qui se croisent, nous plonge dans un univers acoustique à la fois minimaliste et proche du chao. Mais un chao qui a quelque chose d’apaisant et de réconfortant. Les notes distillées et déformées avec parcimonie semblent onduler lentement. Le niveau sonore est élevé et l’expérience proposée est tout autant auditive que physique.

orenambarchi.jpg
Oren Ambarchi (avec Regenorchester XIII)
Photo : Mathieu Thomassin

 Le mot expériences convient d’ailleurs bien lorsqu’on évoque Jazz à Luz. Expériences musicales certes, mais également bucoliques, à l’image de ce pique-nique en compagnie des décapantes Patience flamme, ou même festives (si la majeure partie des concerts s’apprécient assis, les fins de soirée, elles, sont de réels moments de liesse populaire).

En conclusion on ne saurait que trop conseiller ce rendez-vous à ceux qui séjourneraient dans les Pyrénées en juillet. D’une part parce que les membres de l’association Jazz Pyr’ sont de sérieux défricheurs de musique qui cherchent à partager leurs claques comme ils disent, mais aussi pour le cadre exceptionnel et l’ambiance qui règne sur ces 4 jours. Et puis par les temps qui courent, sachant les menaces financières qui pèsent sur les festivals, ce genre de manifestation mérite sérieusement d’être mise en avant et soutenue.
Un grand merci aux organisateurs.

  

  

  

Comments  

 
#1 yan beigbeder 22-09-2010 17:59
Bonjour,

et merci pour ce beau compte rendu qui nous donne encore toujours l'envie de continuer,

j'aimerais bien rentrer en contact avec vous, je suis l'un des programmateurs

0672738840

bien à toi,
Quote
 
 
#2 lëkima 25-09-2010 13:48
Bonjour Yan,

avec plaisir! je te contacte dans les jours qui viennent.
A bientôt

Mikael
Quote
 
 
#3 beegeesman 27-09-2010 22:25
Ouaiii Lekima!!!!!
Quote
 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir